Forschung

Motonormativité dans les médias

Les titres des comptes-rendus médiatiques façonnent aussi notre manière de comprendre la sécurité routière.

Les automobilistes sont, consciemment ou non, souvent mieux traités que les cyclistes dans les médias. (iStock)

 

« Un cycliste a perdu la vie », « Cycliste grièvement blessé par une voiture », « Chute d’un cycliste »: à force de les lire ou de les entendre, nous ne voyons même plus ce que les titres relatant des collisions entre cyclistes et automobilistes ont en commun : un biais qui renforce la domination de la voiture sur nos routes, dans nos esprits et dans notre langage. Ce biais porte un nom : la motonormativité. Il pousse tant les médias que leur public à considérer, sans en avoir conscience, la voiture comme la norme et à minimiser ou passer sous silence ses effets négatifs.

Des chercheurs de l'OUVEMA* ont analysé 204 articles sur des collisions entre cyclistes et automobilistes publiés dans la presse romande entre 2020 et 2024. Résultat : le ou la cycliste figure dans tous les titres, souvent en tête et comme sujet de la phrase, tandis que l’automobiliste est fréquemment absent·e, ou réduit·e à son véhicule, en fin de titre. Son rôle dans la collision n’est pas dit, est implicite ou atténué par une forme passive : le public en déduit, inconsciemment, que l’automobiliste ne renverse pas la personne à vélo, qui « se blesse » seul·e. Pourtant, selon la police, les automobilistes sont responsables de 64 % des collisions avec les cyclistes et coresponsables dans 8 %.

Article (PDF)

* Observatoire universitaire du vélo et des mobilités actives (OUVEMA) à l'Université de Lausanne.